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Les nouvelles technologies et le champ du handicap :

Quelques remarques concernant l’Adaptation et l’Intégration Scolaires

septembre 2003

Les TICE constituent un apport précieux dans le cadre de l’Adaptation et de l’Intégration scolaires. L’analyse des pratiques actuelles de l’informatique dans l’AIS permet de définir les grands types d’application qu’elle génère, et de cerner ainsi les apports de l’informatique dans ce domaine, mais aussi les difficultés rencontrées.

Le déficit, qu’il soit moteur, sensoriel ou intellectuel, impose à l’enseignant de trouver de nouveaux supports, de nouveaux points d’entrée pour améliorer les processus de transmission et d’acquisition des connaissances. L’environnement social et technique conduit de plus en plus le système éducatif à prendre en compte le rôle de l’image et du son dans leurs interactions avec les connaissances textuelles et dans une modalité d’interactivité.

D’un point de vue général, les nouvelles technologies de l’information et de la communication, associant l’audiovisuel, l’informatique et la télématique, sont introduites dans le secteur de l’éducation spécialisée pour
• mieux apprécier et évaluer les capacités ou les compétences des enfants handicapés ou des jeunes en grande difficulté,
• faciliter leur accès aux savoirs et la réalisation de tâches scolaires,
• aider à la structuration de leur pensée,
• diversifier les sources et les supports de connaissances en vue d’un meilleur accès par certains lourdement handicapés et contribuer, pour tous, à une meilleure maîtrise des échanges sociaux.

Multimédia et AIS : les principaux usages

Plus encore qu’auparavant, celui qui n’a pas ses mains pour écrire, une parole pour dire, une bonne vision pour voir, une bonne audition pour entendre ou les facultés intellectuelles suffisantes pour comprendre, celui-là ... le jeune handicapé, peut se retrouver totalement en marge de la société. Au contraire, s’il dispose d’outils informatiques adaptés, il peut être plongé au coeur même des réseaux d’informations et devenir acteur de la modernité. Cependant plus d’informations ne signifie pas nécessairement plus de sens, aussi, le rôle fondamental de l’introduction de l’informatique à l’école est non seulement de permettre aux jeunes, handicapés ou non, d’accéder à la connaissance puis d’en acquérir de nouvelles, mais peut-être plus encore, de donner la maîtrise de nouveaux outils et d’assimiler une nouvelle culture facilitant la réactualisation permanente des savoirs.

Sur l’ensemble des pratiques actuelles de l’informatique dans l’AIS, six grands types d’applications en rapport à la pédagogie peuvent être retenus :

1. L’approche tutorielle, où l’ordinateur et ses logiciels peuvent être considérés plutôt comme « une sorte de répétiteur ».
L’ordinateur permet ici de maintenir ou de remotiver l’apprentissage et de l’adapter en fonction du niveau scolaire des élèves. Ce courant tutoriel repose classiquement sur des exercices systématiques, des dialogues pédagogiques, des logiciels d’évaluation et de remédiation, etc.
Très efficace et maintenant de plus en plus utilisée pour la formation continue et le recyclage professionnel, cette approche qui nécessite une lecture de consignes à l’écran et encore pour l’instant une écriture formalisée de réponses, semble présenter un intérêt limité pour les jeunes enfants débutant les apprentissages. Elle peut par contre, en principe, rendre des services auprès d’adolescents handicapés ou malades maîtrisant convenablement la lecture, l’écriture et le calcul.
Dans les classes en hôpital, cette approche permet aux enseignants d’assurer au mieux la continuité de l’enseignement.
Cette forme de travail est expérimentée avec succès, auprès d’adolescents scolarisés en Section d’Education Spécialisée ou en Etablissement Régional d’Enseignement Adapté et auprès de jeunes délinquants dans le cadre de la lutte contre l’illettrisme.
Cependant, même dans ces domaines, la principale difficulté de l’approche tutorielle, réside dans la quasi-absence de logiciels adaptés au faible niveau scolaire et/ou au difficultés motrices ou sensorielles des jeunes. C’est pourquoi les enseignants privilégient souvent les logiciels ouverts, générateurs d’exercices ou les systèmes auteurs comme les Langagiciels permettant de créer des dispositifs pédagogiques sur mesure et différenciés dans le champ du langage et des mathématiques à l’aide de différents outils.

2. L’approche « prothétique/supplétive » où l’ordinateur et ses interfaces d’entrée/sortie spécialisés deviennent un outil capable de suppléer directement ou indirectement une fonction déficitaire chez l’enfant handicapé.
Employé comme une prothèse, l’ordinateur assure ici une sorte de transcodage d’un canal sensoriel ou moteur déficitaire en un autre bien maîtrisé. C’est sans doute l’approche la plus ancienne dans l’Education Spécialisée et dans laquelle plusieurs grandes institutions scientifiques, comme le C.N.A.M., l’I.N.S.E.R.M. et le C.N.R.S. ont engagé plusieurs équipes de recherches. C’est aussi la plus prestigieuse dans ses résultats auprès notamment des jeunes aveugles ou handicapés moteurs.
Limités longtemps dans leur accès aux informations écrites, les élèves aveugles peuvent trouver aujourd’hui dans l’informatique des outils puissants pour prendre des notes et contrôler leur travail en braille éphémère ou par synthèse vocale et pour transcrire automatiquement et plus facilement leurs textes en Braille intégral et abrégé. Les recherches les plus récentes font intervenir une saisie optique des textes qui sont ensuite mémorisés, analysés, traduits en abrégé et transcrits en Braille sur une embosseuse rapide.
En ce qui concerne les enfants gravement handicapés sur le plan moteur et privés de l’usage de la parole, l’informatique leur apporte une aide indispensable à leur communication et à leur scolarisation. Par l’utilisation d’ordinateurs, de logiciels spécialisés et de dispositifs d’entrée/sortie particuliers, certains de ces enfants peuvent aujourd’hui lire, écrire, compter, agir sur leur environnement, communiquer à l’aide d’une voix électronique avec leur entourage et poursuivre un cursus scolaire pratiquement normal (logiciel KINDO de l’APF ou PICTOP et GENEX du CNEFEI) et quelques-uns arrivent aujourd’hui à l’Université !
Pour d’autres pathologies n’entravant pas la voix du jeune mais lui interdisant toute manipulation, la commande vocale peut être une aide précieuse. Les logiciel Dragon Dictate ou Via Voice permettent actuellement à des personnes handicapées d’utiliser un grand nombre d’applications de bureautique.

3. L’approche « augmentative » par les utilitaires, où l’ordinateur et les outils d’écriture et de calcul deviennent des auxiliaires précieux à la scolarisation.
Sans être des outils de suppléance réservés aux enfants présentant des handicaps massifs comme dans les applications supplétives, les tableurs ou les petits gestionnaires de fichiers et surtout les traitements de texte, facilitent grandement le travail scolaire de beaucoup d’enfants scolarisés dans l’A.I.S.
Chacun sait ou devine, par exemple, les conséquences que peuvent avoir sur la scolarité des troubles moteurs au niveau des membres supérieurs limitant l’écriture et l’expression graphique.
L’ordinateur et son logiciel apportent alors une aide notable par :

  • la facilitation et l’économie du geste. (la grande sensibilité des touches permet également de maintenir l’écriture jusqu’à d’importantes pertes de puissance musculaire comme c’est le cas chez les jeunes myopathes)
  • l’optimisation des efforts. (les efforts d’apprentissage peuvent enfin être supérieurs à l’attention et à la concentration gestuelles).
  • l’efficience immédiate et une présentation irréprochable du document de travail (ce qui motive grandement le jeune)
  • la mémoire de l’action (tous les textes ou schémas réalisés sur ordinateur peuvent être conservés, modifiés et réutilisés ultérieurement dans un agencement différent).


4. L’approche "rééducative", où l’ordinateur, ses logiciels et ses interfaces spécialisés sont utilisés comme de véritables environnements de rééducation.
L’acte rééducatif repose dans certains cas sur l’emploi d’outils nouveaux et très spécialisés :
C’est le cas de la démutisation des jeunes sourds, de la rééducation de la parole d’enfants dysarthriques ou la mise en place de la communication de jeunes autistes par le dispositif SpeechViewer II (IBM). L’enfant émet alors des sons qui sont traités et traduits graphiquement et de manière ludique, en temps réel, par un ordinateur.
L’acte rééducatif peut également développer une démarche spécifique prenant appui sur des outils informatiques du commerce : utilisation d’un simple traitement de texte "gros caractères" et de batteries d’exercices pour consolider l’apprentissage de la lecture avec un jeune I.M.C. souffrant d’un trouble des praxies visuelles ou usage d’un imagier multimédia associant une image à un mot écrit et prononcé pour rééduquer un trouble lexico-sémantique chez un jeune traumatisé crânien.

5. L’approche « procédurale », où l’ordinateur et son logiciel deviennent de puissants inducteurs de raisonnement et de créativité :
Cette approche ne vise pas l’apprentissage de nouvelles connaissances mais plutôt la structuration de la pensée, le développement de stratégies et le plaisir d’inventer. Il s’agit d’apprendre à apprendre et apprendre à créer. L’ordinateur offre généralement en kit, des éléments simples et modulables que l’enfant peut choisir et organiser dans l’espace et la durée.
Ce peut être la démarche LOGO et plus particulièrement le « micro-monde de la tortue » qui a été largement utilisé dans de nombreux secteurs de l’Education Spécialisée.
Ce sont aussi d’une certaine manière d’autres outils de construction tels des logiciels de dessins ou des environnements plus spécialisés comme des dispositifs hypermédia audio-tactiles permettant à de jeunes aveugles de manipuler des objets et de les transformer à l’aide du retour vocal et de dessins en relief.


6. L’approche « communicationnelle », où les réseaux locaux et l’internet permettent d’établir des échanges permanent et à distance... et d’assurer l’intégration des personnes et des établissements. Le « mariage » récent de l’informatique, de l’audiovisuel et de la télématique offre depuis peu d’immenses possibilités éducatives en générale et en particulier pour l’AIS.
  • Ces outils sont là, bien entendu d’abord et avant tout, pour les enfants et adolescents handicapés ou en difficulté eux-mêmes.
  • Mais ces outils sont également au service de l’information des professionnels et des parents :
    Un site internet est actuellement opérationnel au CNEFEI. Il donne les informations concernant :
    • les formations organisées sur place ou à distance par le centre national
    • les manifestations (colloques, expositions), les études et programmes européens liés à l’AIS
    • les ressources documentaires du centre (productions écrites, audiovisuelles ou informatiques)
      Des sites internet spécialisés se créent en France tel BrailleNet qui propose d’encourager la pratique de l’écrit sur support électronique par les élèves aveugles, d’assurer un soutien ou une formation à distance aux étudiants, de propager des techniques et des démarches innovantes et favoriser les échanges entre les formateurs et les spécialistes de la rééducation.


  • En guise de conclusion

    Le secteur de l’Education Spécialisée dispose d’un capital de recherches et d’expériences, longues de plus de 25 ans, riches et diversifiées
    Une première étape concernant les équipements indispensables a été engagée par les pouvoirs publics, par les établisssements spécialisés et par les particuliers.
    Pour accélérer la mise à disposition d’outils adaptés aux élèves handicapés, l’Etat a mis en place depuis janvier 2001 un vaste plan d’aide au financement des aides techniques devant faciliter l’intégration à l’Ecole... Les dotations commencent à arriver dans les académies. Les choses bougent mais d’importantes mesures d’accompagnement seront encore nécessaires au niveau de l’école : l’aide au développement d’outils logiciels et de périphériques spécialisés et plus encore, la formation initiale et continuée de l’ensemble des acteurs de l’AIS.
    De tout cela dépend, aujourd’hui en grande partie l’épanouissement, la formation générale et l’intégration sociale future des élèves handicapés ou des jeunes en grande difficulté.


    Jack SAGOT
    Professeur au CNEFEI


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